Actualités

Repenser la riposte contre le choléra en RDC : l’appel du Professeur Didier Bompangue à une coordination multisectorielle efficace

Kinshasa, 17 juillet 2025 – Lors de la réunion stratégique des experts du Groupe de Travail Permanent du PMSEC-MD, tenue au siège de l’UNICEF, le Professeur Didier Bompangue, Directeur Adjoint de l’INOHA, a livré une intervention marquante sur les défis et perspectives liés à l’élimination du choléra en République Démocratique du Congo en général et plus particulièrement à l’organisation de la riposte contre les flambées épidémiques de choléra.

Un plan ambitieux… mais sous-exploité

Adopté il y a plus de 15 ans, la dernière version du PMSEC 2023-2027 (Plan Multisectoriel Stratégique d’Élimination du Choléra) a été officiellement endossé par les autorités nationales le 26 octobre 2023, avec un budget initial de 192 millions de dollars. Pourtant, le Professeur Bompangue déplore que l’essentiel des efforts reste concentré sur la prise en charge médicale des cas (18 % du budget), au détriment des autres secteurs (eau, hygiène, assainissement, environnement, transport), pourtant essentiels à une solution durable.

« Le choléra n’est pas qu’une question de santé. C’est une question de gouvernance, d’aménagement, d’inégalités structurelles. »

Une stratégie intelligente et contextualisée

Le Professeur a insisté sur la nécessité de fonder la réponse sur une analyse scientifique approfondie, tenant compte des facteurs écologiques, sociaux et épidémiologiques. Selon lui, une stratégie de riposte ne peut être uniforme dans un pays aussi vaste et contrasté que la RDC.

« On ne peut pas répondre à une épidémie dans le Kwango comme on le ferait à Goma ou à Kinshasa. Il faut intégrer les réalités locales issues d’une analyse scientifique des facteurs locaux de redémarrage, de diffusion, d’amplification et de persistance. »

Une gouvernance à revoir

Le diagnostic est clair : malgré les plans existants, la faiblesse de la coordination intersectorielle empêche la mise en œuvre efficace des interventions. Pour y remédier, le professeur Bompangue plaide pour la création d’une cellule nationale multisectorielle permanente, avec des sous-coordinations par secteur et par province.

« L’argent n’aime pas le désordre. Il faut un modèle de gouvernance clair et harmonisé pour mobiliser les ressources et agir vite. »

Vers un changement de paradigme

L’intervention du Professeur a également souligné le paradoxe des flambées épidémiques : elles mobilisent fortement lorsque Kinshasa est touchée, mais peinent à attirer l’attention quand elles affectent les provinces de l’est ou les zones rurales. Il appelle à une vigilance équitable, renforcée par des données fiables et partagées entre secteurs.

Quelles prochaines étapes pour accélérer la riposte contre les flambées épidémiques actuellement encours?

Le Professeur Bompangue a conclu en appelant à :

  • Consolider la coordination nationale et provinciale
  • Finaliser la mobilisation des ressources
  • Traduire le plan en actions concrètes sectorielles, contextualisées et mesurables
  • Et surtout tirer les enseignements des flambées antérieures pour ne pas attendre la prochaine flambée sans  agir

« Il ne faut plus seulement réagir. Il faut anticiper, structurer, prévenir. »

Une parole de référence dans la lutte contre le choléra

Spécialiste reconnu des maladies diarrhéiques, membre du GTFCC (Groupe de travail mondial sur le choléra) et pionnier de l’approche One Health en Afrique, le Professeur Didier Bompangue a rappelé, à travers cette intervention, que la science, la rigueur et la coordination multisectorielle, sont les seules armes durables face à une épidémie qui persiste depuis plus de deux décennies en RDC.

Newsletter

Inscrivez-vous à notre newsletter pour obtenir des informations mises à jour, des actualités et des informations gratuites.

Dernières actualités