Jusqu’au début des années 1970, dans plusieurs régions d’Afrique, le choléra n’était connu que par les récits historiques des grandes épidémies qui avaient ravagé l’Asie et l’Europe durant les six premières pandémies, depuis 1817, lors de la première flambée en Asie du Sud-Est.
L’Afrique n’était pas plus riche qu’aujourd’hui, et il n’est pas certain que les populations avaient alors un meilleur accès à l’eau potable. Pourtant, cette Afrique d’avant 1970 ne connaissait pas le choléra, à l’exception de quelques cas sporadiques enregistrés dans les comptoirs commerciaux des zones côtières en contact avec l’Asie et l’Europe.
Les premiers cas de choléra signalés en Afrique à partir des années 1970, au début de la septième pandémie, ont tous été importés. C’est à ce moment que commence l’histoire contemporaine du choléra sur le continent. Le choléra est donc une maladie récente en Afrique. Pourtant, en moins de 60 ans de coexistence, tout se passe comme si cette maladie avait toujours été endémique en Afrique, intrinsèquement liée aux difficultés structurelles du continent.
Il est important de marteler que le choléra est une maladie récente en Afrique continentale, et que la situation actuelle dans de nombreux pays, notamment en République Démocratique du Congo (RDC), n’a rien d’une fatalité. Il est possible d’éliminer le choléra, c’est-à-dire de faire en sorte qu’il ne constitue plus un problème majeur de santé publique.
Tel est d’ailleurs l’objectif poursuivi par une vingtaine de pays, dont la RDC, où le choléra continue de poser un sérieux problème de santé. Ces pays sont identifiés, les plans d’élimination du choléra y ont été élaborés et validés avec l’appui des partenaires techniques et financiers. De grandes réunions de revue de la situation sont régulièrement organisées, tant au niveau national qu’international. Pourtant, la situation semble se détériorer, et nous paraissons collectivement impuissants face à la succession des flambées
épidémiques.
Ces flambées, pour lesquelles se multiplient aujourd’hui les réunions de haut niveau, avaient
été annoncées dès la fin de l’année 2023 (Pan Afr Med J. 2023 Dec ; Cholera resurgence potentially induced by the consequences of climate in the El Niño phenomenon), à travers un appel urgent à l’action, dans un contexte d’augmentation soutenue des cas, lié à l’entrée dans une année El Niño. Malheureusement, cet appel est resté lettre morte, tant pour les responsables nationaux – premiers garants de la protection des populations – que pour les partenaires techniques et financiers.
Depuis cet appel de décembre 2023, les plans multisectoriels d’élimination du choléra (PMSEC) sont restés largement sous-financés. Les quelques actions mises en œuvre sont restées essentiellement médico-centrées, sans réelle capacité d’anticipation des flambées à venir, malgré l’accumulation des facteurs de risque, notamment ceux liés au changement climatique.
Ainsi, depuis le dernier trimestre 2023, la situation épidémiologique s’est aggravée, dans une quasi-indifférence des acteurs responsables de la mise en œuvre des PMSEC dans les pays africains.
Face à cette aggravation, l’heure n’est plus aux discours ni aux déclarations d’intention. Il faut désormais agir. Agir en réorganisant et en rendant pleinement opérationnelles les coordinations multisectorielles chargées de piloter les PMSEC. Agir en finançant les feuilles de route de ces plans. Agir en vulgarisant ces stratégies et en favorisant leur appropriation par les institutions nationales. Agir pour aligner les partenaires techniques et financiers sur ces priorités. Et enfin, agir en assurant une coordination multisectorielle forte de la riposte aux flambées actuelles.
Le choléra n’est pas une fatalité. Il n’est pas nécessaire d’attendre l’éradication de la pauvreté ou une amélioration universelle de l’accès à l’eau potable pour en venir à bout. Les PMSEC reposent sur un ciblage spatial et temporel des populations à risque, selon une approche fondée sur les données, qui a déjà fait ses preuves lorsque les financements et la qualité de la mise en œuvre étaient à la hauteur des enjeux.
C’est donc sur l’amélioration de la gouvernance que doivent porter les efforts pour répondre aux urgences actuelles, et accélérer la mise en œuvre des Plans Multisectoriels Stratégiques d’Élimination du Choléra. L’heure est à l’action.





